Parmi tous les placements d’épargne réglementée, un livret existe discrètement, presque dans l’ombre. Inconnu du grand public, peu utilisé en pratique, mais encore cité dans les textes officiels. Il s’agit du livret d’épargne entreprise (LEE). Et même s’il semble oublié de tous, ce livret pourrait, dans certains cas, vous rapporter davantage que le Livret A. Alors, pourquoi personne n’en parle vraiment ?
Un livret réglementé aux allures fantômes
Dans l’imaginaire collectif, l’épargne réglementée se limite souvent à quelques piliers : le Livret A, le LDDS, le LEP et le PEL. Pourtant, il existe un cinquième livret parfaitement légal : le livret d’épargne entreprise, ou LEE. Il figure noir sur blanc dans les arrêtés fixant les taux d’intérêt, publiés deux fois par an. Mais dans la vie réelle… il reste quasiment invisible.
Depuis février 2026, son taux d’intérêt est fixé à 1 %. Ce chiffre est obtenu en prenant les trois quarts du taux du Livret A, puis en arrondissant au point inférieur. De quoi éveiller la curiosité, surtout en période d’inflation ou lorsque le Livret A stagne.
Une utilité pensée pour les créateurs d’entreprise
Le LEE a été conçu au milieu des années 1980. Son objectif ? Encourager la création ou la reprise d’entreprises, notamment artisanales. Il remplaçait alors un autre livret, encore plus confidentiel, destiné aux travailleurs manuels indépendants.
Fonctionnant sur le même modèle que le Plan d’Épargne Logement, il impose :
- Une phase d’épargne obligatoire de 2 à 5 ans
- Des versements annuels minimums
- Un solde minimum à l’ouverture, souvent élevé
- Un plafond conséquent, mais rarement atteint en pratique
À la fin de la période d’épargne, les fonds sont destinés au financement d’un projet entrepreneurial. Un prêt spécifique pouvait même être accordé en complément, renforçant l’effet levier du livret. Sur le papier ? Tous les ingrédients d’un produit utile. Dans les faits ? Beaucoup de contraintes, peu de souplesse.
Un tournant fiscal en 2013 qui change tout
Jusqu’en 2013, le LEE avait un réel avantage : les intérêts générés étaient exonérés d’impôt sur le revenu. C’était l’un de ses seuls atouts face à d’autres livrets plus accessibles. Mais cela va changer.
La loi de finances pour 2014 met fin à cette exonération. Depuis, les intérêts sont soumis au prélèvement forfaitaire unique. Un coup dur pour ce produit déjà marginal. Résultat : la plupart des banques cessent de le proposer, sans grande publicité. Aujourd’hui, certaines établissements admettent ne plus savoir combien de clients en possèdent encore un…
Un placement oublié… en voie de disparition ?
Aux yeux du public, ce livret est déjà inexistant. Et cela n’échappe pas aux autorités. Un rapport récent de la commission des finances de l’Assemblée nationale le qualifie de “produit peu distribué et inutile”. Leur recommandation ? Purement et simplement le supprimer.
Aucune surprise : entre sa faible souplesse, sa fiscalité banalisée et l’absence de diffusion par les banques, le LEE n’a jamais trouvé sa place. Supprimer ce produit passerait probablement inaperçu pour la quasi-totalité des épargnants. Sauf peut-être pour ceux qui possèdent encore un ancien contrat ouvert…
Pourquoi mérite-t-il encore votre attention ?
Malgré tout, un détail mérite d’être souligné. Quand le taux du Livret A est bas, le LEE peut parfois offrir une rentabilité plus attractive en net. Cela dépend de votre situation et de votre projet professionnel.
Si vous prévoyez de lancer une activité, et que vous trouvez un établissement bancaire acceptant encore d’ouvrir un LEE, cela peut représenter une solution hybride entre placement d’épargne et financement à moyen terme. Reste à voir si cette opportunité vaut les contraintes…
En résumé : faut-il s’y intéresser ?
Le livret d’épargne entreprise est un produit réglementé, légal, et ancien, mais quasiment tombé dans l’oubli. Conçu pour financer la création d’entreprise, il a progressivement été abandonné par les banques et les épargnants.
Ses points positifs ?
- Un cadre réglementé et sûr
- Un taux parfois compétitif en période de baisse
- Une vocation claire : accompagner les créateurs
Mais ses inconvénients ?
- Peu de souplesse
- Fiscalité standard depuis 2013
- Quasiment introuvable aujourd’hui
Alors, faut-il l’ignorer complètement ? Pas forcément. Mais pour la majorité des Français, le Livret A et le LEP restent des options plus simples, plus visibles, et surtout, bien vivantes.












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